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Et si ma stabilité ressemblait justement au mouvement ?

Pendant longtemps, j’ai cru que “réussir sa vie” passait forcément par une certaine stabilité : un travail fixe, une famille, un quotidien bien construit, bien rangé. Comme si, après 30 ans, il existait naturellement une route à suivre.

Et puis j’ai réalisé que le bonheur ne rentrait pas forcément dans des cases. Que la réussite était finalement quelque chose de profondément personnel.

 

Le modèle de vie que je pensais devoir suivre

Depuis l’enfance, on grandit souvent avec une certaine vision de l’avenir : trouver l’amour, construire une famille, avoir une maison, un travail stable… puis avancer ainsi, étape après étape, comme si tout était déjà tracé d’avance.

À travers les films, les livres, les dessins animés ou simplement ce que l’on voit autour de nous, on finit presque par intégrer cette idée sans même s’en rendre compte.

Pendant longtemps, j’ai cru qu’à 30 ans, mon quotidien ressemblerait à ça. Et pourtant, aujourd’hui, j’en suis bien loin. Mais contrairement à ce que j’aurais pu imaginer autrefois, cela ne me rend pas malheureuse. Bien au contraire.

Je pensais que le bonheur apparaîtrait forcément en suivant ce chemin-là. Puis j’ai compris que si je m’y accrochais, je finirais probablement par m’éloigner de moi-même. Parce qu’au fond, une autre direction me faisait envie.

Pourtant, je l’ai expérimenté. J’ai été en CDI pendant plus de sept ans, j’ai acheté un appartement et j’ai même envisagé d’adopter un enfant. J’avais un cadre, une routine qui, pendant un temps, me convenait. Jusqu’à l’arrivée du Covid-19.

Le confinement a agi comme un électrochoc. Il m’a forcée à ralentir et à regarder les choses autrement. J’ai réalisé que plus rien ne me faisait vraiment vibrer et que, sans m’en rendre compte, je m’éteignais peu à peu. À vouloir correspondre à ce que l’on attendait de moi, j’avais fini par oublier mes propres rêves et mes besoins.

Avec le temps, j’ai compris que j’avais confondu sécurité et épanouissement. Comme si le simple fait d’avoir une situation “rassurante” devait forcément suffire à me rendre heureuse.

Mais au fond, je ressentais surtout une forme d’immobilité intérieure. J’avais l’impression d’avancer dans un schéma qui cochait toutes les bonnes cases… sans réellement me ressembler.

Et pour la première fois, je me suis demandé à quoi pouvait s'apparenter un quotidien dans lequel je me sentirais vraiment vivante.

Pourquoi les saisons et les départs m’ont transformée

Le mouvement, voilà ce qui m’anime réellement. J’ai admis que j’avais besoin de découvrir, de rencontrer, de bouger. Rester au même endroit, je l’ai fait pendant des années…… et avec le recul, j’ai parfois l’impression d’avoir oublié de vivre.

Mon expatriation de deux ans au Canada a été un vrai déclic. Elle m’a fait prendre conscience de choses essentielles, et notamment de ce besoin d’espace qui ne m’avait jamais vraiment quittée. Cette envie de voir le monde, de sortir du cadre, de vivre des moments plus intenses, plus vrais.

J’avais peur, avant. Peur de ne pas réussir à m’adapter, de m’éloigner de ce que je connaissais. Mais avec le temps, j’ai compris que cette anxiété venait surtout d’un confort que je m’étais construit… plus que d’une réelle limite.

Alors j’ai choisi de vivre autrement. Travailler en saison s’est imposé comme une évidence : six mois ici, quelques mois ailleurs… et entre les deux, la possibilité de partir explorer, respirer, découvrir.

Moins d’attaches, moins de certitudes, mais plus de légèreté. Juste moi et cette envie d’avancer à ma façon.

Et aussi étrange que cela puisse paraître, je ne me suis jamais sentie aussi alignée. Aujourd’hui, je sais que j’ai trouvé ce qui me fait vibrer, et pour le moment, je n’ai aucune envie de changer ça.

Le regard des autres et la peur de ne pas rentrer dans les cases. 

Je ne m’attendais pas forcément à ce que ce mode de vie suscite autant de réactions.

Il y a eu des remarques, parfois anodines, parfois un peu plus insistantes. Des phrases que l’on entend souvent sans vraiment y prêter attention sur le moment : “Tu devrais peut-être penser à te poser”, “Tu ne vas pas faire ça toute ta vie”, ou encore “Et la stabilité, dans tout ça ?”

Rien de méchant, la plupart du temps, mais à force de les entendre, elles finissent par s’installer quelque part.

Pendant longtemps, je me suis demandé si je ne faisais pas fausse route. Si je ne devais pas, moi aussi, rentrer dans ce schéma plus classique. Non pas parce que j’en avais profondément envie, mais parce que c’est ce que l’on attend, à un certain âge.

Avec le temps, j’ai compris que ce regard ne définissait pas mes choix. Qu’il reflétait surtout une autre manière de voir les choses, souvent éloignée de la mienne.

Aujourd’hui encore, il m’arrive d’y être sensible. Mais une question revient toujours : est-ce que je vis vraiment pour moi… ou pour correspondre à ce que les autres projettent ?

Je l’ai aussi ressenti dans certaines relations plus proches.

Au fil des années, j’ai vu des amitiés évoluer… ou s’éloigner. Pas forcément à cause d’un conflit, mais simplement parce que nos visions ne suivaient plus le même chemin.

Avec du recul, je comprends que ce n’était ni une erreur, ni un échec. Juste des trajectoires qui n’étaient plus alignées.

Et peut-être que le plus difficile, finalement, ce n’est pas de choisir sa propre voie… mais d’accepter qu’elle ne rentre pas toujours dans les cases.

Et si le mouvement était justement ma stabilité ?

Beaucoup associent encore le fait de s’en aller à une forme d’échappatoire. Et j’ai moi-même cru que c’était mon cas.

Lorsque j’ai pris la décision de m’installer au Canada, je traversais une période difficile : le cœur brisé, un manque de confiance, cette sensation persistante de ne plus être à ma place, notamment dans mon travail.

Sur le moment, j’avais l’impression de tout quitter. Comme si je cherchais à m’éloigner de quelque chose que je n’arrivais plus à affronter.

Et puis, une fois sur place, j’ai réalisé autre chose. Ce n’était pas seulement une manière de fuir, c’était aussi une tentative, encore maladroite, de me retrouver.

Parce qu’au fond, je ne me connaissais pas vraiment. Et c’est en changeant d’environnement, en sortant de ma zone de confort, que j’ai commencé à me reconnecter à moi-même… et à mieux cerner ce dont j’avais réellement besoin.

Avec le recul, j’ai compris que s’éloigner, c’est simplement une façon de s’écouter, de prendre de la distance avec ce qui ne nous correspond plus, pour mieux saisir ce qui nous anime vraiment.

Ce mouvement, que je voyais autrefois comme quelque chose de désordonné, est devenu au contraire une forme d’équilibre. Une manière de me sentir vivante et en accord avec moi-même.

Aujourd’hui, je ne ressens plus ce besoin de me conformer à un modèle “classique”, souvent associé à quelque chose de fixe, de structuré, de linéaire.

Le mien est différent. Il se construit dans les départs, les retours, dans ces périodes où je change de rythme, d’environnement, de repères.

Et paradoxalement, c’est peut-être dans cette dynamique constante que je me suis, pour la première fois, sentie profondément apaisée.

Je ne sais pas encore exactement où tout cela me mènera mais pour la première fois, j’avance dans une direction qui me ressemble vraiment. Et je crois que, pour moi, c’est déjà une forme de réussite.

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