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Je pensais que le plus dur, c’était de partir.

On parle souvent du voyage, mais rarement du retour.

Quand j’ai quitté la France, je savais que cette expérience allait me faire évoluer. Je m’attendais à apprendre, à changer, à voir les choses différemment. Mais je ne m’attendais pas à ça : revenir… et ne plus me sentir vraiment à ma place.

L’illusion du retour

Pendant mes dernières semaines au Canada, une sensation s’est installée, diffuse, difficile à expliquer, mais bien présente. J’ai compris que plus rien ne serait vraiment comme avant.

En parallèle, il y avait cette boule au ventre à l’idée de retrouver une vie en France qui, au fond, ne me correspondait plus tout à fait. Alors j’ai essayé de me rassurer, de me dire que ce ne serait qu’une question de temps. Qu’il suffirait de se réadapter, de reprendre ses habitudes… et que tout finirait par rentrer dans l’ordre.

Mais en réalité, ce n’était pas si simple.

Je pensais retrouver une forme de familiarité, presque automatique. Comme si tout allait naturellement reprendre son cours. Mais très vite, un décalage s’est installé.

Rien n’avait vraiment bougé autour de moi… et pourtant, tout me semblait différent : les habitudes, les rythmes, les gens, les mentalités… Des détails parfois, mais qui suffisaient à créer cette impression étrange de ne plus être complètement alignée.

Je n’ai pas versé une larme en quittant le Canada. Mais au moment où l’avion s’est posé sur le sol français, quelque chose s’est brisé… et j’ai pleuré. C’est à cet instant précis que j’ai compris que revenir, ce n’était pas revenir en arrière, mais apprendre à se retrouver dans un environnement que je pensais pourtant déjà connaître.

Un décalage difficile à expliquer

Rapidement, j’ai repris certains réflexes : un trajet en métro, une balade dans Paris… tout me semblait familier, presque évident. Je n’avais pas besoin de réfléchir, c’était comme revenir à quelque chose de mécanique.

Et c’est là que j’ai senti une rupture. Ce qui me paraissait naturel avant ne l’était plus vraiment et très vite, un malaise s’est installé. La moindre habitude, pourtant anodine, se retrouvait questionnée : pourquoi je fais ça ? pourquoi je réagis comme ça ? Ce n’est pas moi… ou plutôt, ce n’est plus moi.

Même avec mes proches, je ressentais ce décalage. Pendant que leur vie avait continué, la mienne m’avait transformée d’une manière complexe à exprimer.

Je ne pouvais pas leur en vouloir. Mais, avec certains, j’avais l’impression que mes mots ne trouvaient pas vraiment d’écho. Ils voyaient encore la personne que j’étais avant de partir, sans toujours percevoir celle que j’étais devenue.

Je me souviens de ce vide intérieur et de ce besoin de solitude qui l’accompagnait. De l’extérieur, cela pouvait être perçu comme de l’ennui ou du désintérêt, alors qu’au fond, j’étais simplement extrêmement triste et perdue. 

Un quotidien devenu trop étroit

Ce n’était pas seulement une sensation globale. C’était aussi des choses très concrètes, presque anodines, qui venaient s’ajouter au reste.

Le rythme, déjà. Là où j’avais pris l’habitude d’avancer sans cadre, de m’adapter au jour le jour, d’improviser, je retrouvais un quotidien plus organisé, plus anticipé. Et, sans vraiment m’en rendre compte, cela me pesait.

Il y avait aussi cette impression d’avoir moins d’espace, moins de spontanéité. Des choses simples, comme changer de plan à la dernière minute ou simplement prendre le temps, devenaient plus rares. Je ne me sentais plus totalement libre de mes mouvements et cela pouvait devenir oppressant.

Et puis il y avait les interactions. Certaines discussions me semblaient plus rapides, plus superficielles, comme si tout devait aller à l’essentiel. Là où j’avais appris à prendre le temps, je n’étais plus tout à fait en phase, sans vraiment savoir comment me positionner.

Cela pouvait parfois ressembler à de la distance alors qu'en réalité, je traversais quelque chose de plus profond. Une forme de deuil : celui de quitter un pays qui m’avait infiniment marquée. Et, en parallèle, je comprenais aussi que j’avais appris à faire passer mes besoins avant ceux des autres.

Choisir de ne pas revenir en arrière

Avec le temps, j’ai compris que cette peine n’était pas là pour rien. Ce n’était pas un signe que j’avais fait le mauvais choix, ni que je devais revenir à ce que j’étais auparavant. C’était simplement une étape, une phase de transition entre deux versions de moi.

Au fond, je savais déjà que je ne voulais pas retrouver ma vie d’avant. Mais il y avait cette peur plus diffuse : celle de devoir y revenir malgré moi pour rester avec l’image que l’on a de moi.

Alors, plutôt que de me laisser porter par ça, j’ai commencé à construire autrement. À redéfinir ce que je souhaitais réellement, ici, maintenant.

Ce n’est pas toujours fluide. Il y a encore des moments de doute, des instants où je me sens un peu entre deux mais ils n’ont plus la même portée.

Dans ce cheminement, j’ai aussi fait un choix. Celui de ne pas essayer de rentrer dans quelque chose qui ne me correspondait plus. J’ai décidé de repartir autrement, de travailler en saison, de retrouver ce mouvement qui m’avait tant apporté. Et même aujourd’hui, je me surprends à envisager d’autres horizons, ailleurs, peut-être en Norvège, en Islande ou en Laponie.

Non pas pour fuir mais parce que j’ai assimilé que c’était aussi ça ma manière d’évoluer.

Parce que, finalement, je sais que je n’ai rien perdu. J’ai simplement changé. Et aujourd’hui, il ne s’agit plus de revenir en arrière, mais d’avancer avec tout ce que cette expérience a laissé en moi.

 

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