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Je ne veux plus être moins ...

Il y a des choses que certains oublient en quelques minutes et auxquelles je peux encore penser des heures plus tard. Des mots, des silences, des changements presque imperceptibles auxquels j'accorde parfois bien plus de place que je ne le voudrais. J'ai longtemps cru qu'il fallait simplement apprendre à moins ressentir. Mais est-ce vraiment aussi simple ?

Comprendre, parfois trop

Je crois que mon empathie joue beaucoup dans ma manière de vivre les relations avec les autres. J'ai naturellement tendance à me mettre à leur place, y compris lorsqu'ils me blessent, et à chercher ce qui peut se cacher derrière une réaction, un silence ou une prise de distance. J'ai besoin de donner du sens aux choses plutôt que de m'arrêter simplement à ce qu'elles provoquent chez moi.

Cette façon de fonctionner a pourtant ses limites. À force de chercher des raisons aux comportements des autres, il devient facile d'en minimiser les conséquences. Une histoire, des blessures ou des peurs peuvent expliquer certaines attitudes sans pour autant les rendre acceptables. J'ai mis du temps à réaliser qu'une explication n'était pas forcément une excuse.

Aujourd'hui, je peux éprouver de l'empathie pour quelqu'un tout en reconnaissant qu'il m'a fait du mal. Poser mes limites ne signifie pas manquer de tolérance, mais simplement ne plus faire passer systématiquement les émotions des autres avant les miennes.  Mon empathie reste une qualité à laquelle je tiens profondément, mais elle n'a pas à se faire au détriment de moi-même.

Trop sensible ne veut pas dire fragile

Ma sensibilité, elle, je n'ai jamais vraiment cherché à la combattre. Elle peut être fatigante, voire franchement encombrante. Elle me pousse à prendre certaines choses beaucoup trop personnellement ou à repenser pendant trois heures à une conversation que quelqu'un d'autre aura oubliée trois minutes plus tard. Mais elle ne m'a jamais fait douter de ma valeur.

Au contraire, je tiens à cette part de moi. J'aime m'attacher sincèrement, m'intéresser réellement aux gens, partager leurs joies comme leurs peines et être présente lorsqu'ils en ont besoin. Je ne sais pas calculer ce que je donne en fonction de ce que je pourrais recevoir, et je n'ai pas particulièrement envie de l'apprendre. Cela me rend certainement plus vulnérable, mais vulnérable et faible n'ont jamais été synonymes à mes yeux.

Parfois, j'aimerais m'en foutre

Pour autant, il m'arrive de souhaiter être plus détachée. Pas parce que je n'aime pas celle que je suis, mais parce que ressentir autant peut être épuisant. J'ai notamment tendance à prendre les choses beaucoup trop personnellement : un silence, une distance ou un changement d'attitude suffisent à me demander ce que j'ai fait, alors qu'ils n'ont peut-être rien à voir avec moi. À force d'interpréter certains signes, je finis par porter une responsabilité qui ne m'appartient pas forcément. 

Depuis quelque temps, j'essaie donc de regarder tout cela autrement et de me rappeler que les réactions des autres parlent aussi d'eux, de leurs blessures, de leurs limites, de leurs peurs ou simplement de leur manière d'être. Mais il y a une nuance qui me semble essentielle : comprendre que les actes de quelqu'un ne parlent pas forcément de moi ne signifie pas qu'ils ne peuvent pas m'atteindre ou que je dois y être indifférente. Je peux avoir conscience que je ne suis pas responsable de la façon dont une personne agit et malgré tout en subir les conséquences.

C'est sans doute là que j'aimerais savoir m'en foutre davantage : réussir à laisser aux autres ce qui leur appartient sans me sentir obligée d'en chercher la cause ou de le porter avec eux. Ce serait certainement plus reposant. Mais comprendre le principe et réussir réellement à l'appliquer sont deux choses bien différentes, et j'ai encore un peu de chemin à faire. 

 

Avec le cœur

Avec le temps, je crois que j'ai surtout arrêté de voir cette façon d'être comme quelque chose que je devrais constamment essayer de tempérer. J'ai passé suffisamment de temps à me demander si je ressentais trop, si je donnais trop, si je m'attachais trop vite ou si certaines choses ne devraient tout simplement pas autant m'atteindre. Comme s'il existait quelque part une bonne mesure à respecter pour être plus facile à vivre, pour les autres comme pour moi-même.

Aujourd'hui, je n'ai plus envie de chercher à rentrer dans cette mesure. Je peux regretter la place que j'ai accordée à certaines personnes, le temps passé à chercher des réponses ou les fois où mon empathie m'a poussée à justifier ce que j'aurais dû simplement refuser. Mais je ne regrette pas d'avoir été sincère. Je ne regrette pas d'avoir aimé, donné, cru aux gens ou montré ce que je ressentais. Ce que les autres choisissent d'en faire ne m'appartient pas, mais je refuse que leurs réactions me donnent envie de devenir quelqu'un de plus froid.

Je continuerai certainement à apprendre à poser mes limites, à être plus attentive à ceux à qui j'accorde ma confiance et à partir plus vite lorsque quelque chose ne me convient plus. Mais je ne veux pas que me protéger signifie me retenir constamment par peur d'être encore une fois « trop ».

Je ne veux plus m'excuser d'être celle que je suis. Et s'il faut parfois avoir le cœur un peu cabossé pour continuer à l'utiliser pleinement, je crois que je préfère encore ça à passer ma vie à le garder sous clé.


 

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