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À plus de 30 ans, je n’avais pas prévu de tout quitter.
J’avais une vie, des repères, des habitudes. J’étais en CDI dans un grand théâtre parisien depuis 7 ans, et j’étais propriétaire depuis 4 ans. Rien de particulièrement instable, rien de particulièrement insatisfaisant non plus.
Et pourtant, il y avait cette sensation diffuse que quelque chose m’échappait. Comme un appel ailleurs.
Je me sentais à ma place… sans vraiment l’être.
Alors, presque du jour au lendemain, j’ai décidé de partir. Seule. À l’autre bout du monde.Tout lâcher pour vivre ce qui s’annonçait être la plus grande aventure de ma vie.
Je me souviens de cette question qu’on me posait à quelques jours du départ :
“Tu stresses pas trop ?” Et ma réponse était instinctive : non. Je n’avais jamais été aussi sereine face à une décision. Je ne le comprenais pas encore mais j’étais certaine d’une chose : partir au Canada était une évidence. Et ma vie y prendrait un tournant.
Cartons, valises, au revoir…
Les jours précédant mon départ ont été remplis d’émotions. Mais, étrangement, ni le stress ni la peur ne m’ont vraiment envahie. À l’aéroport, je me souviens avoir ressenti de l’excitation et même une forme de fierté. Enfin je faisais quelque chose pour moi. Sans vraiment me soucier de l’impact que cela pourrait avoir autour de moi.
Je me choisissais, pour la première fois de ma vie.
Et puis tout s’est enchaîné très vite. La porte d’embarquement, l’avion, ce moment suspendu entre deux vies.
Je crois que je n’ai vraiment réalisé qu’à l’arrivée, quand les portes de l’aéroport se sont ouvertes, que l’air n’était plus le même et que les repères avaient disparu. Là, j’ai compris.
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J’étais seule, à des milliers de kilomètres de chez moi, et tout restait à construire.
Les premiers jours ressemblaient davantage à des vacances. Je découvrais un nouveau pays, de nouvelles villes, sans vraiment savoir où je voulais m’arrêter. C’était aussi excitant que déroutant.
Pourtant, lors d’un précédent voyage dans ce pays, un lieu avait marqué quelque chose en moi : un petit village sur la côte nord, Tadoussac.
Et quand une annonce de recrutement est apparue quelques jours après mon arrivée, j’ai su. J’ai su que c’était là-bas que je devais aller et que c’était là-bas que quelque chose commencerait.
Et c’est exactement ce qu’il s’est passé.
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Les mois qui ont suivi ont été complètement différents de tout ce que j’avais connu jusque-là. Une vie rythmée par les saisons, les rencontres, les road trips, les week-ends improvisés… Rien de vraiment stable mais pourtant tout semblait étrangement aligné.
J’ai appris à vivre autrement. À lâcher prise, à m’adapter, à accepter de ne pas tout contrôler. À faire confiance à ce qui se présentait, même quand ce n’était pas prévu.
Cela n’a pas toujours été facile. Mes émotions ont été mises à rude épreuve plus d’une fois mais cela m’a en particulier permis d’admettre une chose essentielle : m’écouter resterait toujours la meilleure chose à faire.
Il y a eu des moments forts, des moments de doute aussi. Il y a eu aussi des périodes d’euphorie, et d’autres plus calmes où je me demandais ce que j’étais en train de construire. Mais au fil du temps quelque chose s’est installé. Une sensation d’être à ma place, même sans repères fixes.
Et surtout, j’ai compris que je pouvais choisir une autre façon de vivre, peu importe mon âge ou ce que la société en dit.
Là-bas, je n’ai jamais été jugée pour mes choix. On m’a même dit plus d’une fois que je forçais l’admiration, que j’avais du courage d’avoir pris ce chemin.
J’ai accueilli ces mots… sans vraiment les faire miens.
Parce qu’au fond, je n’avais pas l’impression d’être plus courageuse qu’une autre. J’étais simplement partie, comme beaucoup le font.
Avec le recul, je crois que cette expérience m’a transformée bien plus que je ne l’imaginais.
Je ne saurais vous dire si le mot “évoluer” est le bon mais je suis certaine d’une chose : je ne suis plus la même.
J’ai repris confiance en moi, mon estime est remontée en flèche et je ne me suis jamais sentie aussi vivante que pendant ces deux années à vagabonder à travers cet immense et magnifique pays, entourée de personnes aussi bienveillantes qu’enrichissantes.
Je me suis découverte une âme d’aventurière, une passion pour la vanlife et j’ai assimilé que le confort n’était qu’un bonus. Je me suis laissée tenter par des activités et des expériences inattendues.
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Et j'ai appris à m'écouter. Vraiment.
J'ai aussi appris à faire des choix pour moi, sans toujours chercher à les justifier ou à les rendre compréhensibles aux yeux des autres, à être seule, sans me sentir seule ou encore à apprécier les moments de silence.
J’ai accepté que tout n’avait pas besoin d’être planifié, que certaines choses se vivent simplement, sans savoir exactement où elles mènent. Et puis, il y a eu cette sensation nouvelle. Celle d’être exactement là où je devais être, même sans avoir de plan précis.
Comme si, pour la première fois, je ne cherchais plus ma place…mais que je la créais.
Je ne savais pas exactement ce que je cherchais en partant. Mais je crois que j’ai trouvé quelque chose d’essentiel : la liberté de choisir ma propre trajectoire.
Une liberté parfois inconfortable, souvent imprévisible, mais profondément vivante.
Aujourd’hui, je sais que partir a été l’une des décisions les plus importantes de ma vie.
Et ça m’a amenée à me poser une question simple :
Est-ce qu’on écoute vraiment ce qui nous appelle…
ou est-ce qu’on choisit de rester là où tout est déjà tracé ?