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Six jours, trois mille kilomètres, seule : mon road trip de Vancouver à Dawson City.

 

 

Je n’aurais jamais pensé faire un jour 3000 kilomètres complètement seule. Juste avec ma voiture, un matelas à l’arrière, quelques sacs de couchage, des rideaux bricolés et un réchaud. De Vancouver à Dawson City, je m’étais lancée un défi un peu fou, sans vraiment savoir à quoi m’attendre.

 

 

Je n’ai jamais eu une grande confiance en moi au volant. Pendant des années, conduire me faisait même peur. Alors forcément, quand j’ai décidé de partir seule pour un road trip de 3000 kilomètres en six jours, j’étais partagée entre excitation et stress. Et pour pousser le défi un peu plus loin, j’avais prévu de dormir dans ma voiture, entre campings et spots sauvages. À 24 heures de partir sur les immenses routes de la Colombie-Britannique, le doute s’est installé. Étais-je vraiment capable ? Et comment j’allais faire si la voiture rencontrait un souci au milieu de nulle part ? Étais-je réellement assez préparée ? Tant de questions qui réveillaient une angoisse profonde. Mais en parallèle, une petite voix me soufflait autre chose : ça allait être une aventure et les galères feraient partie du jeu. Je ne savais pas vraiment si j’étais prête mais j’étais déterminée à affronter mes peurs.

 

Le moment était arrivé : prendre la route et découvrir mon surprenant chez-moi pour les six prochains jours. Dormir dans une voiture, ça aussi, c’était nouveau… enfin presque. Les premières minutes à bord de mon “van” improvisé, le temps de quitter Vancouver, le stress était bien présent. Je tremblais, mais je réalisais aussi qu’il n’y avait plus vraiment de retour en arrière possible. Puis, petit à petit, la tension est redescendue. L'itinéraire était agréable : de longues lignes droites, peu de circulation et des paysages toujours plus beaux au fil des kilomètres. Ma première étape était de 350 km — une petite journée — et j’avais décidé de m’arrêter dans un camping, histoire de me sentir en sécurité. Les nuits en pleine nature viendraient plus tard.

 

 

Ce que je n’avais pas anticipé, en revanche, c’était les feux de forêt, encore très présents à cette période et particulièrement intenses. Sans impacter mon parcours, ils rendaient l’air lourd, parfois difficilement respirable, notamment lors de cette portion de route. Une fois arrivée au camping, après avoir grignoté quelque chose au restaurant (le réchaud, je n’étais pas encore tout à fait prête… doucement mais sûrement), il était temps d’aménager mon coin “dodo”. Je voulais faire de ce coffre de voiture un petit cocon et, contre toute attente, je m’y suis rapidement sentie bien. La première nuit, j’était frigorifiée et, par moments, une certaine anxiété s’est invitée. Toutefois, la fatigue a fini par prendre le dessus. Le matin, j’ai été réveillée très tôt, entre le froid et la lumière du jour. Quelques ajustements étaient encore nécessaires pour y remédier .

Après avoir rangé un peu et pris une douche dans les sanitaires du camping, place au café. Enfin… ça, c’était sans compter sur un détail : je n’avais pas acheté la bonne bonbonne de propane pour mon réchaud. Mais une charmante vieille dame, en road trip en camping-car avec son mari, ayant remarqué ma petite détresse, m’a gentiment proposé une tasse de café et des bleuets (myrtilles). Ce fut mon premier échange entre voyageurs, aussi simple que bienveillant. Et c’est là que j’ai commencé à comprendre que je ne serais jamais vraiment seule.

 

 

Et puis, les jours ont commencé à s’enchaîner, sans vraiment se ressembler. Il y avait la route, surtout. Des heures à conduire seule, entourée de paysages grandioses… J’en prenais plein les yeux, on ne va pas se mentir. Les kilomètres défilaient presque sans que je m’en rende compte. L’ennui était rarement présent et, de temps à autre, je m’arrêtais pour prendre des photos ou même partir marcher un peu ici et là.

Pourtant, il y a aussi eu des journées plus difficiles comme la quatrième notamment. Ma plus longue : 690 kilomètres. La météo n’était pas clémente et la fatigue commençait à se faire sentir. Le manque de confort aussi, même si, honnêtement, je n’étais pas à plaindre — j’avais réussi à me créer quelque chose de plutôt douillet. Et puis il y avait la solitude. J’étais contente d’avoir ce temps pour moi mais quand les journées s’étirent, les pensées prennent plus de place. Et certaines, parfois, deviennent un peu trop présentes. Je me souviens avoir eu un vrai coup de down après cette journée. En arrivant au camping que j’avais repéré, j’ai finalement décidé de réserver une petite cabane, rustique, pour la nuit. J’avais besoin d’un vrai lit, d’un bon repas et de reprendre un peu d’énergie. Il y avait le strict minimum : un lit une place, du chauffage et une petite gazinière. Mais à ce moment-là, c’était déjà le grand luxe. Je n’avais pas pris de douche depuis deux jours, mais ce simple confort avait quelque chose de profondément réconfortant. J’ai essayé de joindre mes proches, sans succès. J’étais littéralement au milieu de nulle part, sans réseau. Heureusement, un monsieur m’a gentiment partagé le code du wifi. Je crois qu’à 20h, je dormais déjà comme un loir.

 

 

Le lendemain, j’étais requinquée. Et surtout, je savais que c’était le jour où j’allais enfin atteindre le Yukon. J’avais tellement rêvé de cet endroit que, lorsque j’ai franchi la “frontière”, j’en ai presque versé une larme. Je me sentais profondément reconnaissante et chanceuse d’être là. Et puis, il y a eu ce moment un peu irréel : voir un grizzly sur le bas côté. Un instant que je n’oublierai jamais.

Pour ma dernière journée, de Teslin à Dawson City, j’ai récupéré en chemin une inconnue qui devait s’y rendre elle aussi — en réalité, la copine d’une amie d’un ami. Nous avons donc parcouru les 530 kilomètres restants ensemble. C’était étrange de se retrouver d’un coup avec quelqu’un, après cinq jours seule. Je ne savais rien d’elle, et pourtant, le lien s’est fait très naturellement. On s’est très vite entendues, et on a beaucoup ri. En outre, la route, bien que cabossée, était incroyable à découvrir. J’étais fascinée par les paysages qui s'offrait à moi. Et en arrivant à Dawson City, je crois que j’ai réalisé ce que je venais vraiment de faire.

 

 

Avec le recul, je suis fière de ce que j’ai accompli. Au-delà de la beauté du voyage, ce que je retiens surtout, c’est de l’avoir fait. Seule. Sans vraiment savoir comment j’allais gérer. Et d’y être arrivée. Peut-être pas parfaitement mais suffisamment pour me prouver que j’en étais capable. Je crois que j’en suis ressortie différente, avec cette envie de repartir très vite, pour retrouver ce sentiment de liberté… et ce dépassement de soi qui vous prend aux tripes.

 

 

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