Je me souviens de la première fois où on m'a dit : " Tadoussac, tu finis toujours pas y revenir". Sur le moment, je n'ai pas vraiment compris... puis j'ai passé mes six premiers mois dans ce coin de paradis aussi doux qu'intense.
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Entre émerveillement et sérénité
Ce petit village québécois est souvent un arrêt incontournable en été, notamment pour l’observation des mammifères marins… mais il est bien plus que ça.
Bordé par le fjord du Saguenay d’un côté et le fleuve Saint-Laurent de l’autre, je n’ai jamais connu de lieu plus apaisant. J’adorais aller m’isoler pendant des heures sur la fameuse pointe de l’Islet : observer les baleines, regarder le soleil se coucher ou simplement écouter le fleuve, parfois calme, parfois agité.
Chaque moment avait quelque chose de particulier. Chaque apparition d’animal était un émerveillement. J’en voyais tous les jours, littéralement. Et pourtant, je ne m’en lassais jamais. Je leur avais même donné des surnoms : Momo le phoque, Willy la baleine… Ils faisaient clairement partie de ma vie là-bas.
Mais Tadoussac regorge aussi d’endroits qui permettent de s’évader.
Les dunes, par exemple.
Cette “dune du Pilat québécoise”, comme j’aimais la présenter aux clients français, attire immédiatement le regard. Majestueuses et pas si faciles à gravir, elles offrent une vue imprenable sur le fleuve. C’est le coin parfait pour observer les aurores boréales, apercevoir des étoiles filantes ou juste profiter d’un moment suspendu au coucher du soleil.
Mais l’ambiance de ce village se ressent aussi à travers ses commerces et ses habitants. Tout y est chaleureux et on s’y sent très vite comme chez soi. J’ai croisé beaucoup de touristes qui ont prolongé leur séjour de quelques nuits parce qu’ils s’y sentaient bien.
Je ne saurais pas vraiment l’expliquer, mais Tadou c’est presque un mode de vie, une énergie particulière au milieu de la nature. On y respire autant qu’on y vit. Rien de spectaculaire sur le papier et pourtant, tout donne envie de rester un peu plus longtemps que prévu.
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Entre euphorie et excès
Mais Tadoussac, c’est aussi un sacré rythme. Là-bas, je ne me suis jamais autant débattue avec mes émotions. Chaque jour était un véritable ascenseur émotionnel.
Il y avait cette excitation de vouloir en profiter à fond, parfois au point d’oublier que le corps ne suit pas toujours. Je voulais tout voir, tout découvrir, être en mouvement en permanence dès que je ne travaillais pas. Surtout, je ne voulais rien regretter, parce que je savais que mon passage ici ne serait pas éternel.
Toutefois, il faut être conscient qu’il y a un Tadou le jour… et un Tadou quand la nuit tombe. Là, tout bascule : la sérénité laisse place à la fête et parfois aux excès.
Je me souviendrai toujours de la première fois où nous avons mis les pieds dans ce bar emblématique du village : le Gibard. J’ai rapidement su que cette adresse allait devenir à la fois ma meilleur et ma pire ennemie. “Le traquenard”, comme j’adorais l’appeler.
J’en ai fait des soirées là-bas. J’en ai bu des bières et des shots. Il y avait aussi les fameux dimanches d’Éric, devenus un peu le rendez-vous de la semaine pour les saisonniers. On s’y retrouvait tous pour décompresser, rire, danser, chanter jusqu’à 3 ou 4 heures du matin. C’était LA sortie du lâcher-prise : on y allait sans vraiment savoir dans quel état — ni avec qui — on allait rentrer. Et parfois, le lendemain, le réveil était un peu plus difficile.
La microbrasserie était aussi devenue un véritable QG, souvent le before ou là où j'aimais passer en fin de shift saluer les copains autour d'une bière. Et puis il y avait l’auberge de jeunesse. Avant même d’y avoir mis les pieds, quand j’étais encore en France, j’en avais entendu parler : “Il faut absolument que tu fasses le Nouvel An là-bas.” Comme quoi, ce lieu avait sa petite (grande) réputation. Et pourtant, avec le recul, je m'aperçois que je n’en ai pas tant profité que ça.
Ces soirées avaient quelque chose d’intense. On se laissait porter sans vraiment se poser de questions. Tout allait vite, peut-être un peu trop. Mais sur le moment, c’était exactement ce dont on avait besoin.
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Entre solitude et proximité
L’avantage des petits villages, c’est que tout le monde se connaît. Mais l’inconvénient, c’est qu’il devient vite difficile de se retrouver seule. Impossible de se balader sans croiser quelqu’un.
En pleine saison, Tadou, c’est un mélange de locaux, de saisonniers et de touristes… même si on ne parlera pas de ces derniers.
La complexité, quand on débarque dans un endroit comme celui-ci, c’est de réussir à se faire accepter par les locaux. Et j’avoue que ce n’est pas toujours évident.
La première saison, nombre d’entre eux savaient parfaitement qui j’étais alors que, moi, je ne les connaissais que de vue, et encore. Puis, en revenant la deuxième année, j’ai compris.
J’ai compris qu’ici, chaque saison, de nouvelles personnes arrivent… et finissent par repartir. Alors forcément, pourquoi s’ouvrir et s’attacher à des saisonniers que l’on ne reverra peut-être jamais ? Et pourtant, quand on revient, quelque chose change. Les regards sont différents et il y a une vraie volonté d’apprendre à te connaître, comme s’ils avaient enfin saisi que tu portais un attachement sincère à leur chez-eux.
Puis il y a ces moments où tu es entourée mais où tu te sens totalement déconnectée. Pas par manque d’intérêt, simplement par trop-plein. La batterie sociale se vide vite, surtout quand on est hypersensible. Dans ces instants-là, le seul réflexe c’est de fuir. Quitter Tadou quelques heures, prendre la voiture, s’éloigner… juste pour pouvoir respirer à nouveau, parce que l’oppression devient trop forte. Et à l’inverse, la présence de certaines personnes me rechargeait immédiatement. Elles ne me prenaient aucune énergie. Leur simple présence m’apaisait, me ressourçait.
Et c’est peut-être ça aussi, Tadoussac, un endroit où l’on se sent proche de tout… mais parfois un peu trop.
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Finalement, Tadoussac ne se raconte pas vraiment. C’est un lieu qui se vit, avec ses contrastes, ses excès, ses moments de calme et ceux où tout déborde. Et c’est peut-être pour ça qu’on y revient ou qu’on n’en part jamais complètement.
Et vous, il y a un endroit qui vous a marqué au point d’y laisser un peu de vous ?